Eh bien si, il avait osé, songea sombrement Christian, assis sur les marches du perron de sa maison en compagnie de sa chienne. Il se remémora toute la scène qui avait eu lieu deux jours auparavant et il était partagé entre l’envie d’étrangler Gaël et celle de le remercier...
« - Avez-vous quelque chose de prévu samedi soir mesdemoiselles?
Un son étranglé s’était échappé de sa gorge et il avait senti trois paires d’yeux surpris se poser sur lui. Il avait feint une quinte de toux, et choisit de se taire.
- Rien du tout! Je serai ravie de venir! s’était exclamée Kaylin.
- Pareil pour moi. avait ajouté Lydia.
- Alors c’est parfait! Ca a lieu chez Chris vers 19h! Tiens, file-leur ton adresse!
Christian n’avait pas eu le choix et avait écrit son adresse sur deux bouts de papiers qu’il avait ensuite donné aux filles. Lorsqu’il avait donné le sien à Kaylin, leurs doigts s’étaient effleurés et ce simple attouchement avait fait battre son cœur plus vite. Il avait vu ses yeux pétiller lorsqu’elle avait lu l’adresse. Pourquoi donc?
- Bon les filles, on va vous laisser! A samedi!
Gaël était reparti en entraînant avec lui un Christian pensif et anxieux.
- Alors, heureux? fanfaronna-t- il avec une voix grave.
- Je te demande pardon? avait fait le concerné en haussant les sourcils.
- Oh, ne me dis pas que t’es pas content de la voir samedi parce que je ne te croirais pas!
- C’est pas ça... mais j’aurais aimé que tu me préviennes avant de les inviter!
- Bah, j’avais pas prévu qu’on les rencontrerait aujourd’hui, tu sais! J’ai improvisé, j’ai bien vu que Kaylin te plaisait. D’ailleurs, il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer!
- Hum, avait-il grommelé.
- Monsieur est susceptible au sujet de la demoiselle à ce que je vois.
Se rendant compte de l’absurdité de sa réaction il s’était vivement excusé.
- Désolé Gaël. C’est juste que ça me rend nerveux! C’est nouveau pour moi tout ça!
- J’ai remarqué. avait gravement approuvé son ami. Ce n’est qu’une soirée pizza-télé, détends-toi! Et ce n’est que dans deux jours alors pas de panique! Sois naturel et tout se passera à merveille!
Il avait croisé les bras derrière sa nuque et avait rappelé à Christian:
- C’est bien toi qui voulais avoir une vie sociale plus active, non? Je me suis contenté de saisir l’occasion parce que j’ai vu que tu appréciais cette fille, c’est tout. Tu vois Chris, c’est ça qui te fait défaut!
- Quoi?
- La capacité à saisir de belles occasions quand elles se présentent!
Christian avait soupiré avant de répondre en fourrant les mains dans les poches de son jean:
- De toute façon pour maintenant on ne peut pas reculer...
- Tu dis ça mais je suis persuadé que tu n’y as pas pensé une seule seconde.
Christian s’était senti sourire.
- Non. Pas une seule. »
A présent, une petite voix dans sa tête lui disait qu‘il aurait peut-être dû annuler. Il craignait d’être mal à l’aise et du coup de passer pour un rabat-joie, qu’il n’était sûrement pas! Ce n’était qu’une petite soirée et il s’en faisait un peu trop... mais ne pouvait pas s’en empêcher. Il était 18h45 et cela faisait déjà une vingtaine de minutes qu’il était là à réfléchir, les yeux dans le vague. Soudain il sentit la tête de Calypso se poser sur un de ses genoux. Elle jappa pour attirer son attention.
- Milles excuses ma belle! Je ne m’occupe pas beaucoup de toi ce soir! s’exclama-t-il en lui caressant gentiment la tête.
Elle sembla ravie qu’il lui porte enfin l’attention qu’elle réclamait car elle se frotta contre ses jambes.
- Des fois je me demande si tu es vraiment un chien, Calypso! Tu as des manières de chat!
Il posa un baiser sur le dessus de sa tête et lui caressa le museau, elle manifesta sa joie en se redressant d‘un coup et posa ses deux pattes sur le torse de l‘adolescent, pour lui lécher la figure. Il protesta en riant. Il l‘adorait et elle le lui rendait bien. C’était un animal dont le regard reflétait toute l’intelligence, par moments il avait l’impression qu’elle comprenait tout ce qu’il disait, ce qu’il ressentait. C’était pour cette raison qu’il lui parlait comme si elle était humaine. Il l’avait depuis deux ans maintenant, un cadeau d’anniversaire de la part de son père pour combler ses absences. Sauf qu’à ses yeux elle représentait beaucoup plus que ça. Son seul réconfort quand il rentrait du lycée était de savoir qu’elle serait là quand il arriverait chez lui. Il se leva et se posta en plein milieu de la pelouse, Calypso courut jusqu’à lui et, ventre à terre, elle suivit ses mouvements et grogna après lui pour jouer.
- Ouh, j’ai peur! plaisanta Christian en reculant.
Elle lui sauta dessus et il se laissa tomber au sol. Il fit le mort, fermant les yeux et ne bougeant pas d’un millimètre. Elle commença à s’inquiéter et lui renifla le visage en poussant des petites plaintes aiguës.
- Bouh! cria-t-il en se redressant vivement, ce qui fit bondir la chienne en arrière.
Il s’assit en riant et elle gronda en remuant la queue comme pour lui montrer qu’elle n’avait pas trouvé ça drôle, mais qu‘elle lui pardonnait.
- C’était une mauvaise blague, c’est vrai! convint-il en hochant la tête avec sérieux. Puis il lui ordonna avec douceur en tapotant avec sa main juste à côté de lui sur l’herbe:
- Viens!
Elle s’assit à la place qu’il avait désignée. Il l’enlaça et lui dit:
- Sois sage, hein! Gaël va venir avec deux autres filles que tu ne connais pas encore. Il faudra être gentille avec elles, je compte sur toi.
Puis il lui murmura:
- Je vais te confier un petit secret, celle aux cheveux châtains, je la trouve jolie et gentille, mais chut! fit-il en posant un doigt sur ses lèvres.
Calypso pencha la tête et dressa les oreilles. Il se releva et s'aperçut qu'on l'observait. La jeune fille aux cheveux châtains dont il venait de parler se tenait justement de l'autre côté du portail et elle avait l'air amusée par ce qu'elle voyait. Depuis combien de temps était-elle là ? Il écarquilla les yeux quand l'idée qu'elle ait pu entendre ce qu'il venait de confier à Calypso l'effleura, mais se reprit vite. Il avait murmuré, elle n'avait rien pu entendre. Il souffla de soulagement et se dirigea vers elle pour lui ouvrir le portail.
- Salut.
Elle entra et lui demanda:
- Je suis un peu en avance, je ne te dérange pas, j'espère?
Il secoua maladroitement la tête.
- Non! Pas du tout! Ca fait longtemps que tu es là?
Kaylin hésita. Ca faisait bien cinq minutes qu'elle l'observait sans qu'il ne l'ait remarquée, elle se dit qu'il serait gêné si elle le lui avouait alors elle répondit évasivement:
- Pas très, non.
- Je n'ai même pas entendu de voiture te déposer...
- C'est parce que je suis venue à pieds!
- Tu habites loin?
Il vit qu'elle se retenait de rire. Qu'avait-il dit de si drôle?
- Non, pas loin du tout!
- Ah!
Calypso se dirigea vers la nouvelle venue en agitant la queue avec agitation, et lui fit la fête.
- Ben ça alors! s'étonna Christian. Habituellement, elle est plus réservée que ça avec les étrangers!
- Je ne lui suis peut-être pas si étrangère que ça! dit-elle avec un sourire énigmatique qui laissa le jeune homme perplexe.
- Veux-tu entrer ou attendre les autres dehors?
- Je veux bien visiter ta maison!
- Calypso, laisse-la un peu! Tu auras le temps de la renifler plus tard, elle va passer la soirée ici! râla-t-il à l'encontre de sa chienne qui plaqua ses oreilles en arrière.
- Ne la crie pas! Ca ne me dérange pas, j'adore les animaux!
Il sourit, elle n'avait pas besoin de le préciser, ça crevait les yeux. Ils se dirigèrent vers le perron, il lui ouvrit la porte d’entrée et s’effaça pour la laisser entrer la première.
- Au fait, tu lui as donné un très joli nom. Ca vient de la mythologie grecque, n'est-ce pas?
Il hocha la tête.
- Oui, j'aime les légendes et je voulais lui donner un nom original.
- C'est réussi! Et ça nous fait un point commun!
Il lui demanda avec un sourire agréablement surpris:
- Tu t'intéresses à la mythologie?
- Oui! Et jusqu'ici je n'avais rencontré personne de mon âge qui s'y intéresse également!
- Je ne pense pas que ce soit des centres d'intérêts communs pour des personnes de notre âge. releva Christian.
- C’est vrai, tu as raison. C’est bien dommage. déclara-t-elle.
Il lui fit faire un tour rapide de la maison, tout en discutant. Ils s’assirent à la table du salon. Il était médusé par la facilité qu'ils avaient de discuter ensemble et contrairement à ce qu'il avait redouté il était plutôt à l'aise. Elle lui fit des compliments sur la propreté et il en rit de bon coeur.
- Ce n’est pas toujours aussi clean, tu sais! J’ai fait le ménage parce que je vous ai invités! En générale c’est le bazar complet parce que la plupart du temps je...
Il s’interrompit brusquement, il ne comptait pas se poser en victime et lui avouer qu’il était toujours seul. C'aurait été trop pitoyable. Il marqua une pause indétectable avant de lui dire:
- C’est bizarre que les autres ne soient pas encore là.
Elle fit semblant de ne pas avoir remarqué son hésitation et ne lui demanda pas de finir sa phrase. Au fond, Kaylin croyait en connaître la fin.
- Ils ne vont pas tarder, je pense!
Elle se demanda avec anxiété s’il était pressé que les autres arrivent parce qu’il s’ennuyait avec elle. A cette pensée elle fut soudain triste et détourna les yeux pour ne pas qu’il s’en aperçoive. Soudain la porte d’entrée s’ouvrit à toute volée et Christian, qui n’avait pas sursauté contrairement à Kaylin crut bon de lui annoncer platement comme si c‘était normal:
- Gaël est arrivé.
En trois semaines il s’était habitué aux entrées fracassantes et impromptues de son ami.
- Chris, je suis là! s’écria le blond dans l’entrée.
- Comment ne pas le savoir? Tu fais plus de bruit qu’un troupeau de buffles en fuite, Gaël!
- Lydia est là aussi!
- On est dans le salon!
Les deux nouveaux arrivants vinrent les rejoindre.
- C’est super! La petite bande est au complet! s’exclama Gaël.
Mayu
lun 05 mai 2008 18:17