Cela faisait trois semaines qu'il ne l'avait pas vue. Il avait souvent pensé à elle, mais ne l'avait jamais croisée. L'évitait-elle? Ou bien était-ce lui qui l'évitait inconsciemment? Il aurait été incapable de le dire. Il était uniquement conscient qu’elle exerçait sur lui une sorte de fascination, malgré le fait qu‘il ne l‘avait vue qu‘une seule fois et il savait aussi qu’elle lui faisait "peur", même s’il ignorait pour quelle raison.
- Bonjour Christian!
Elle lui sourit de ce sourire qui n’appartenait qu’à elle. Il balbutia en secouant la tête.
- Euh oui, bonjour. Excuse-moi!
- T’excuser de quoi?
- Je ne t’ai pas dit bonjour...
- Oh, c’est rien! Comment ça va, tes côtes?
Il se rembrunit en repensant aux circonstances spéciales de leur rencontre...
- Ca va. répondit-il simplement.
- Tant mieux!
Kaylin le regarda et constata qu’il avait un peu changé. Il semblait avoir pris des couleurs si elle en croyait le peu qu’elle voyait de son visage, car elle se rappelait qu’il était très pâle la première fois qu’elle l’avait vu. Il avait toujours les cheveux devant les yeux mais ne baissait plus la tête continuellement. Quand il avait prononcé son nom, elle avait senti les battements de son cœur s’accélérer. Elle mit cette réaction sur le fait qu’elle était heureuse de le revoir face à face, car si lui ne l’avait pas vue depuis trois semaines, il n’en était pas de même pour elle.
Un soir, alors qu’elle regardait par la fenêtre de sa chambre, elle l’avait aperçu. Il habitait juste en face de chez elle! La maison avec le border collie, c’était la sienne. Ce fameux soir, elle l’avait regardé faire l’idiot avec son chien dans le jardin pendant une bonne demie-heure, jusqu’à ce que sa grand-mère l’appelle pour venir dîner. Lorsqu’elle était remontée et qu’elle avait regardé par la fenêtre, il n’était plus dehors. Mais elle l'avait revu d'autres fois, quand il sortait son chien. Elle était certaine qu’il ignorait qu’ils étaient voisins, il faisait tellement peu attention à ce qui se passait autour de lui!
A présent, ils gardaient le silence, gênés sans savoir pourquoi , et sursautèrent brusquement en entendant la voix de Gaël résonner dans le couloir:
- Pressée? Mes fesses! Pour aller te remettre du gloss tu pouvais bien attendre quelques secondes de plus!
La fille lui rétorqua quelque chose qui ne sembla pas lui plaire car il reprit en hurlant presque:
- Et ça t’aurait écorchée vive de t’excuser de les avoir bousculées? T’as bien vu qu’elles avaient les mains pleines!
Une nouvelle réponse que Christian et Kaylin ne purent comprendre fusa, à laquelle Gaël rétorqua vertement:
- C’est toi la nulle! En plus d'être moche, t'es malpolie! Espèce de fausse blonde!
Il revint vers eux au pas de charge en soupirant de rage. Il se baissa devant la fille qui accompagnait Kaylin, que Christian n’avait même pas remarquée et l’aida à rassembler des feuilles. Ils marmonnèrent en même temps:
- Sale peste!
Et ils relevèrent la tête pour se sourire mutuellement. Soudain, Christian demanda à Kaylin:
- Où devez-vous apporter ces feuilles?
- Jusqu’à la salle de théâtre!
Il ne souhaitait pas se séparer d’elle mais il n’osait pas lui proposer de l’aider, il ne voulait pas s’imposer. C’est pourquoi, au lieu de lui offrir son aide bien qu'il en mourrait d'envie, il s’exclama:
- Quoi? Mais c’est à l’autre bout du lycée!
Il semblait que Gaël ait saisi l‘idée de Christian, car il dit d’un air entendu:
- On va vous aider à les apporter là-bas! N’est-ce pas, Chris?
Christian n’hésita pas à s’emparer immédiatement d’une grosse partie des feuilles que Kaylin tenait dans ses mains.
- On ne voudrait pas vous en embêter. dit-elle d’une petite voix.
- Aucun problème, on n‘a que ça à faire! assura Gaël.
- Vous êtes sûrs? demanda-t-elle en se tournant vers Christian.Je ne voudrais pas...
- Oh, Kay, ils te disent que c’est bon! la coupa gentiment la brune.
- Dans ce cas, allons-y!
Ils se mirent en route. Les garçons restèrent derrière Lydia et Kaylin, les laissant discuter entre elles. Christian n’avait d’yeux que pour Kaylin. Il l’admira. La tenue qu’elle portait lui allait très bien. Il se surprit à penser que même vêtue d’un sac en toile il la trouverait ravissante. Elle portait un joli pull à manches longues en cachemire rose pâle et une petite jupe grise qui balançait gracieusement à chacun de ses pas. Son regard descendit vers les cuisses de la jeune fille et y resta rivé jusqu’à ce que Gaël lui mette un coup de coude en lui désignant Kaylin d’un signe de tête, avec une expression amusée. Il rougit brusquement et faillit en lâcher le paquet de feuilles qu‘il tenait, ce qui fit glousser son ami. Les deux filles se retournèrent vers eux avec une expression interrogatrice et Gaël s’empressa de tousser en détournant la tête. Elles s’entre-regardèrent, puis haussèrent les épaules en se remettant à papoter joyeusement. Christian lança un regard meurtrier à son ami, qui lui, se contenta de lui sourire avec l’air de celui qui avait tout compris.
Une fois arrivés dans la grande salle où avaient lieu les répétitions de théâtre, ils suivirent les filles qui leur indiquèrent de poser les feuilles sur une grande table accolée à un mur du fond. Kaylin se tourna vers Christian en penchant la tête sur le côté avec un sourire plein de gratitude.
- Merci beaucoup!
Il se passa la main sur la nuque en baissant la tête.
- De rien, Kaylin.
- Hé, mais en fait j’ai l’impression que vous vous connaissiez déjà tous les deux! s’écria Gaël.
- Oui, on a fait connaissance il y a quelques semaines! avoua la jeune fille.
- Je vois! Par contre toi, enchaîna le blondinet en regardant Lydia, je t’ai déjà vue mais je n‘ai pas le bonheur de connaître ton prénom! termina-t-il avec un sourire charmeur.
- Lydia Smith. Je suis dans la même classe que Kaylin. Et moi je sais qui tu es.
- Ah? répondit-il, intéressé.
- Tu es le cousin de Connor Hawthorne...
Il perdit son sourire et lui dit presque méchamment:
- Tu sais j’ai un prénom et je n’aime pas qu’on ne m’identifie par rapport à mon cousin.
- D’accord. Pardonne-moi si je t’ai vexé, Gaël.
La douceur avec laquelle elle avait prononcé son prénom le surprit et il en oublia un instant qu’il avait failli s’énerver. Il lui dit, taquin:
- Non je ne pardonne pas si facilement!
- Oh, et que faut-il faire pour être pardonnée dans ce cas?
Il lui sourit largement, ravi qu’elle entre dans son jeu et s’adressa à elle et Kaylin:
- Vous avez une tête à aimer les films d’horreur et les pizzas!
Christian appréhenda la suite. Non! il n’allait quand même pas oser...
Mayu
lun 05 mai 2008 18:11