Accueil Date de création : 25/03/08 Dernière mise à jour : 15/05/08 02:46 / 11 articles publiés
 
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HellOw X3  posté le mardi 25 mars 2008 01:24

Première histoire de Naya en solo

 

Petite histoire intitulée :

= Weird Love Story =

 

○ Présentation ○

Christian,  solitaire à l'apparence insolite.

Kaylin, ouverte et adorable.

Gaël, skateur rigolo et attachant.

Lydia,  sombre et franche.

Qu'est-ce que ces quatre là peuvent bien avoir en commun ?

Pas grand chose, et pourtant...

 

○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○

 <Avant toute chose>

PleaZzZe => 

si vous laissez des commentaires faites qu'ils soient constructifs que vous aimiez ou pas ce que je fais !

pas de plagiat, ça craint !

 pas de problème pour un pub quelconque, à condition qu'elle soit laissée ici et uniquement ici ! D'ailleurs c'est même recommandé, j'adore lire des fictions et autres sur le net, donc laissez moi vos adresses ! ^^

... Bonne lecture !

 

NaYa

○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○○

 

 

 

 

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Chapitre 1  posté le mardi 25 mars 2008 02:27

          Christian marchait rapidement le long de la rue ce matin-là. Comme tous les matins depuis quelques semaines il était méchamment en retard pour les cours. Il eut un frisson en sentant une bourrasque d'air froid s'infiltrer dans sa veste en jean qu'il n'avait pas pris la peine de fermer en sortant de chez lui. Son sac qu’il portait en bandoulière claquait dans son dos à chaque pas, ce qui s’avérait assez douloureux au final car il ne contenait pas moins de cinq livres de cours très épais et, au grand dam de ses fesses, à la couverture rigide! Mais peu importait le fait qu’il ne saurait peut-être pas s’asseoir sans souffrir toute la journée, il se morigéna intérieurement en se disant qu’il n’avait qu’à se lever à l’heure. En même temps, comment avoir envie de se lever alors qu’il savait pertinemment ce qui l’attendait durant la journée... A cette pensée, il ralentit le pas, jusqu‘à s‘arrêter complètement, la tête baissée, le regard vide et sombre. Il repensa à la conversation qu’il avait eue avec son père quelques temps auparavant sur le courage. Il fallait toujours faire face, même si c’était difficile. Sauf que là c’était pire que difficile, c’était tout simplement invivable.

           Christian O’Connel était en première année de lycée. A 15 ans il était plus petit que la plupart des garçons de son âge et plutôt chétif. Ses cheveux noirs qu’il portait un peu plus longs que la moyenne étaient en bataille et cachaient ses yeux qu’il gardait constamment baissés... Son apparence et son attitude insolites lui avaient valu dès la rentrée d’être mis à l’écart. Très vite, les regards moqueurs de ses camarades s’étaient transformés en remarques désagréables disséminées sur son passage, puis en brimades, auxquelles Christian avait refusé de réagir. Ce comportement indifférent, à défaut de calmer ses bourreaux, les avait rendus encore plus acharnés dans leur tâche. Les insultes avaient alors fusé, toutes plus virulentes les unes que les autres, mais Christian se refusait encore et toujours à y répondre. Devant son manque de réaction, les tourmenteurs poussèrent leur jeu de torture encore plus loin, ils passèrent de la violence verbale à la violence physique... Presque tous les matins, quelques garçons dont il ne connaissait pas le nom bien qu'ils faisaient partie de sa classe, l’attendaient avant la sonnerie pour lui « faire sa fête » dans la ruelle qu’il était obligé d’emprunter pour se rendre au lycée. S’arrangeant pour ne pas le frapper au visage, car sinon les profs se seraient posé des questions, ils passaient leurs nerfs sur Christian qui ne prenait même pas la peine de se défendre. Pas par lâcheté, non. Il n’était pas lâche, il se désintéressait juste de sa vie, de lui-même. Tout lui était indifférent, et le pire, c’était qu’il ignorait pourquoi. Il reprit sa route, de toute façon il avait déjà un quart d’heure de retard, les autres étaient sûrement déjà rentrés en cours. Christian pensa avec une bonne dose d’ironie que cette bande de lâches, car il ne doutait pas qu’ils le fussent, cherchait quand même à se faire passer pour des élèves modèles. Ce qui fonctionnait à merveille de toute évidence. Quelle mascarade!

           Il n’avait même pas peur de passer dans cette ruelle, maintenant. Quatre mois après, cette boule qui se logeait dans son estomac à cause de l’appréhension n’apparaissait plus. Il ne s’était pas résigné -la soumission ne faisait pas partie de ses traits de caractère- mais il s’en fichait. Il avait compris, au bout de quelques semaines, que la peur empirait les choses, alors il avait tout simplement cessé de craindre ces passages à tabac matinaux. Il les endurait, sans se plaindre, sans pleurer, sans gémir. Ce qui semblait agacer ses bourreaux. Il voyait bien que ça ne les amusait plus. Au début ils devaient se dire qu’il allait pleurer comme une fillette, ils l’avaient jugé faible à cause de son apparence... Faible, il l’était sans aucun doute physiquement, mentalement c’était autre chose. Mais jusqu’à maintenant, il n’avait jamais permis à qui que ce soit de l’approcher d’assez près pour savoir qu’il avait une volonté de fer, et derrière son apparence peu engageante, un grand cœur. Christian O’Connel était sauvage, méfiant et farouche, et il avait ses raisons de l’être. Bien que cela l’ait toujours empêché de créer des relations poussées avec des gens de tous âges. Son propre père, qui passait plus de temps à travailler qu’à s’occuper de son fils, ne le connaissait pas vraiment, et ne savait rien de ce qu’il vivait depuis son arrivée au lycée. Bien entendu, il gardait tout ça pour lui et prenait soin de ne confier cette histoire à personne. Et de toute manière, il n'avait personne à qui le raconter. C'était une des conséquences du choix qu'il avait fait des années auparavant... Celui d'être un solitaire.

          Il traversa les couloirs du lycée sans vraiment regarder autour de lui, il allait devoir passer au bureau des surveillants pour faire un mot d'excuse. Un des surveillants le mit gentiment en garde:

- Tu es souvent en retard, Christian. Fais attention, tu vas avoir des problèmes si tu continues.

Ah, les problèmes, il les avait déjà...

- C'est juste que j'ai du mal à me lever le matin. dit-il d'une voix morne.

- Hum, achète un réveil dont la sonnerie crève les tympans dans ce cas! lui sourit le surveillant en lui tendant son mot d'excuse, que Christian s'empressa de saisir avant de sortir pour rejoindre la salle de cours.

          Il frappa à la porte, attendant que la voix du prof de mathématiques retentisse:

- Entrez!

          Il n'hésita pas à ouvrir la porte, et se dirigea directement vers le bureau où monsieur Jones était assis. Ce dernier ne prit même pas la peine de regarder qui était le retardataire et dit d'une voix autoritaire:

- Bienvenue parmi nous, monsieur O'Connel, posez votre mot sur le bureau, prenez une feuille du tas posé devant moi et allez vous asseoir à votre table. Ce matin, c'est interrogation surprise!

 

          Sans faire attention aux regards entendus et moqueurs que ses camarades de classe échangeaient sur son passage il alla s’asseoir et commença à remplir le questionnaire. Ce qu’il n’eut aucune difficulté à faire. Il était bon élève, bien qu’il passait la plupart de son temps libre à lire ou à écrire et non à réviser. Il était intelligent et il lui suffisait de relire une ou deux fois ses cours pour s’assurer d’obtenir une note bien au dessus de la moyenne aux contrôles. C’était en partie pour cette raison que ces retards étaient tolérés par les professeurs, il avait de bons résultats et aucun ami, ils devaient donc s’imaginer qu’il passait ses journées enfermé chez lui à réviser jusqu’à des heures impossibles, ce qui l’épuisait et l’empêchait de se lever pour arriver à l’heure en cours... Cette supercherie l’arrangeait bien, il n’avait aucune explication à donner de cette manière. Une demie-heure plus tard, il avait terminé de répondre aux questions et s’il avait levé les yeux, il aurait remarqué que tous les autres élèves se débattaient encore avec leurs équations. Mais il n’en fit rien, et rêvassant comme il le faisait toujours, il attendit la fin de l’heure pour rendre sa copie et aller d’un pas tranquille au prochain cours, son préféré: celui de littérature.

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Chapitre 2  posté le mardi 25 mars 2008 02:48

          Kaylin contemplait en souriant cette pièce tapissée de mauve qui serait désormais sa chambre. Elle et ses grands-parents venaient d’emménager dans cette petite maison dont la façade en briques crème l’avait tout de suite charmée. Malgré le fait que l’année scolaire avait déjà débuté depuis quatre mois et qu’elle avait dû quitter son ancien lycée, Kaylin ne se départait pas de son enthousiasme, et elle envisageait avec joie l’idée de commencer en quelque sorte une nouvelle vie. Elle déballa le dernier carton qui contenait quelques affaires et dévala ensuite les escaliers pour rejoindre sa grand-mère dans la cuisine.

- Hé, mamie! lança l’adolescente en sautant à pieds joints la dernière marche de l’escalier. Tu as besoin d’aide?

          Une dame d’une soixantaine d’années, au visage ouvert et souriant se retourna vers sa petite fille avec une expression amusée.

- Non, Kaylin, je te remercie, j’ai bientôt terminé.

- Et grand-père?

- Il va se débrouiller, ne t’inquiète pas! Vas plutôt te reposer ou te promener si tu en as envie! Tu reprends les cours dès demain, profite donc du reste de l’après-midi!

          La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois, elle était serviable mais elle mourrait d’envie de découvrir le quartier dans lequel elle venait d’emménager! Y’avait-il des gens de son âge? Elle ne le pensait pas, elle n’avait aperçu lors du trajet en voiture que des personnes âgées dans ce coin. Ce qui au fond, était loin de la déranger. Elle aimait énormément la compagnie des personnes âgées et parfois elle avait l’impression d’être aussi vieille qu’eux. Elle était pleine de joie de vivre, mais sa vie n’avait pas été un long fleuve tranquille, loin de là. Elle jeta un coup d’œil aux maisons voisines. Toutes les façades étaient jolies et propres, les jardins entretenus. Elle s’aventura sur le trottoir d’en face et constata qu’un chien paressait sur la pelouse de la maison qui faisait face à la sienne. Le chien, un border collie -Kaylin le savait car elle en avait un lorsqu’elle vivait encore avec sa mère- dressa les oreilles en l’entendant approcher, et lorsqu’elle l’appela, il ne se fit pas prier pour venir la voir. Elle remarqua qu'il était quasiment noir, seul son museau et le bout de ses pattes, ainsi qu'une petite ligne qui striait l'espace entre ses yeux étaient de couleur blanche. Elle le gratta derrière les oreilles en souriant.

- Oh tu es un beau toutou, oui! Dis-moi, il n’y a personne, tu ne t’ennuies pas trop tout seul?

          Elle lui mit une dernière caresse sur la tête et reprit son exploration, puis elle rentra pour se reposer, et manger, car il était 16h et elle savait que sa grand-mère avait sûrement préparé un gâteau... La gourmandise faisait partie de ses défauts, mais elle se disait qu’elle pouvait se le permettre, tant que ça ne se voyait pas sur sa silhouette. Kaylin n’était pas une de ses adolescentes qui se privaient de nourriture pour ressembler aux stars dans les magazines. Elle n’était pas maigre et avait de jolies formes, sans être ronde. Elle retourna ensuite dans sa chambre pour préparer son sac de cours, et consulter son emploi du temps. Elle commençait à huit heures par un cours de français. Bien! Elle fut surprise de constater qu'elle terminait sa journée assez tôt, à quinze heures.

          Le soir, après avoir dîné, elle alla se mettre en pyjama et pensa au lendemain tout en se brossant les dents devant le miroir de la salle de bain. Elle se mit au lit très tôt, mais ne put s'endormir, sa joie à l'idée de reprendre les cours dans un lycée inconnu, avec des nouvelles personnes se transforma en anxiété. Et si on ne l'aimait pas? Si elle n'arrivait pas à s'intégrer? En vérité, si Kaylin avait bon caractère et était sympathique, elle peinait à créer des relations avec les jeunes de son âge. Elle se sentait beaucoup plus mûre que la plupart d’entre eux, c’était dû à la vie compliquée qu’elle avait eu jusqu’ici. Les problèmes des autres adolescents et leurs intérêts dans la vie n’étaient pas les mêmes que les siens, et les discussions devenaient vite laborieuses. Voilà pourquoi elle préférait la compagnie de ses grands-parents.

          Elle passa presque toute la nuit à réfléchir, et ne s’endormit qu’à 2h du matin, épuisée... Lorsque le réveil sonna à sept heures du matin, elle se maudit d’avoir passé presque toute la nuit à s’inquiéter! Elle prit une douche rapide, et se maquilla un peu. Elle s’habilla et se regarda dans le miroir en faisant la moue, elle avait choisi ses vêtements au hasard: un pull blanc avec un col en v, une jupe en jean, des collants blancs et sa paire de bottes en cuir marron. Était-ce vraiment approprié? Bah, elle était elle-même dans cette tenue, après tout! Sa grand-mère lui disait toujours qu’il fallait être naturel, et Kaylin était sans aucun doute quelqu’un de simple et de sincère. Elle descendit tranquillement les escaliers et se rendit à la cuisine. Sa grand-mère buvait un café au lait en lisant une revue. Kaylin regarda par la fenêtre, on était en janvier et le jour commençait à peine à se lever.

- Bonjour!

          Erika se retourna vers sa petite fille, qui semblait fatiguée, mais de bonne humeur:

- Bonjour Kaylin. Prête pour ton premier jour?

          La jeune fille se servit un jus d’oranges, et s’empara d’un paquet de cookies dans un placard.

- Euh, pas vraiment. J’étais un peu inquiète alors je n'ai pas beaucoup dormi...

- Je vois. dit-elle d’un air compréhensif, elle posa la main sur celle de sa petite fille qui venait de s’installer en face d’elle à la table. Ca va aller ma chérie ne t’inquiète pas!

- J’espère, mamie. J’ai un peu peur, murmura-t-elle avec un sourire incertain.

- Sois toi-même, souriante et gentille, comme tu l’es toujours. Tu verras, tout ira bien!

- Si c’était aussi simple! grommela Kaylin en croquant dans un cookie. Elle soupira avant de reprendre. Tu as raison, ce n’est sûrement pas en me montrant grognon que je vais me faire des amis...

- En effet!

          Kaylin regarda l’heure, il était déjà huit heures moins vingt, il était temps de partir! Elle déposa un baiser sur la joue de sa grand-mère, et prit son sac dans l’entrée avant de crier:

- Bonne journée, embrasse papy pour moi! A ce soir!

          Puis elle claqua la porte et décida de se dépêcher. Il ne faudrait pas qu’elle arrive en retard le premier jour! Elle fut contente lorsqu’une quinzaine de minutes plus tard elle se retrouva juste devant la ruelle qui menait à son lycée. Elle avait fait le chemin avec son grand-père quelques jours avant, quand ils étaient venus repérer l’établissement. Elle allait s’y engager lorsqu’elle entendit des exclamations masculines. Elle glissa un coup d’œil, et vit un garçon étalé par terre, et deux autres le rouaient de coups. Il encaissait de violents coups de pieds dans le ventre et dans les côtes, mais il était le seul à rester silencieux.

- Alors, O’Connel, t’en as assez pour ce matin?

          Le dénommé O’Connel qu’elle supposait logiquement être le malheureux étalé sur le bitume ne répondit pas. S’il souffrait, il ne le montrait pas, et essaya de se relever avec dignité. Elle entendit les deux autres ricaner et l’un d’eux vint lui remettre un coup de poing dans l’estomac, avant de s’éloigner avec son camarade. Kaylin eut le temps de voir leurs visages, et se dit avec colère qu’elle ne les oublierait pas. Elle se dirigea ensuite vers le garçon qui venait de tomber à genoux, il se tenait les côtes avec son bras droit. Elle s’accroupit près de lui, et lui posa la main sur l’épaule, ce qui le fit sursauter. Il ne l’avait visiblement pas entendue arriver. Il ne la regarda pas pour autant, et elle ne put pas apercevoir son visage.

- Euh, tu te sens bien? s‘enquit-t-elle avec une inquiétude sincère.

- Ouais... grogna le garçon en serrant les dents.

- Hum, fit-t-elle simplement en fronçant les sourcils. Elle se redressa, lui tendit la main et demanda, pleine de gentillesse. Alors, monsieur le dur à cuire, tu peux te lever?

          A cette remarque, il daigna enfin lever la tête vers elle.


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Chapitre 3  posté le mardi 25 mars 2008 22:49



          Si elle ne pouvait rien voir du visage de Christian, lui en revanche contemplait la jeune inconnue à travers le rideau de mèches rebelles qui le dissimulaient. Le jour s’était levé depuis une dizaine de minutes et un rayon de soleil éclairait le visage de l‘adolescente qui lui tendait toujours la main en souriant. Il reçut comme un choc physique quand son regard se posa sur elle, et il songea qu‘il avait un ange en face de lui. Il admira d’abord sa chevelure. Ses cheveux étaient châtains avec des jolis reflets cuivrés et lui arrivaient aux épaules, quelques mèches s’égaraient sur ses joues et ondulaient légèrement. Il eut envie de tendre la main pour les repousser derrière les oreilles de la jeune fille, mais se retint et continua de l’étudier. Elle avait une jolie peau couleur pêche. Dans son visage en cœur, ses sourcils étaient bien dessinés; ses beaux yeux mordorés étaient expressifs et avaient quelque chose de félin. Elle avait un petit nez fin, et légèrement retroussé. Le regard de Christian erra sur sa bouche un instant, elle avait des lèvres charnues d’une forme adorable. Il était captivé par son sourire d’une douceur inouïe. Il aurait continué de la regarder s’il ne s’était pas aperçu qu’elle attendait toujours qu’il se relève, ce qu’il fit sans saisir la main qu’elle lui tendait. Il reprit ses esprits. Il avait été surpris car il n’avait pas l’habitude qu’on lui montre de la sollicitude comme cette fille venait de le faire.

- Je vais bien, dit-il avec plus de froideur qu’il ne l’aurait voulu.

Elle parut contrariée et se contenta de murmurer, un peu désappointée:

- Oh...

          Il eut soudain honte de son comportement, elle avait voulu l’aider et s’était montrée gentille, et lui, comme un bon asocial qu’il était, il lui témoignait de la froideur et de l’indifférence. Il se tança mentalement « Décidément, Christian, toi et les relations humaines, ça fait deux! » Alors pour la première fois de sa vie, il fit l’effort d’être agréable et lui répondit presque avec un sourire dans la voix:

- Merci de t’être inquiétée, en tout cas.

          Il n’osait pas la regarder, de peur de revoir son sourire et d’en rester prisonnier comme il l’avait été quelques secondes auparavant... Pour se donner une contenance il tira maladroitement sur son pull déjà largement déformé et reprit son sac qui était toujours posé au sol.

          Si Christian était troublé, Kaylin l’était tout autant. Ce garçon était vraiment étrange... Elle se demanda comment quelqu’un qui pouvait se montrer aussi froid pouvait avoir une si belle voix. Elle profita du fait qu’il époussetait ses vêtements pour l‘observer. Le moins que l’on pouvait dire était qu’il avait une allure peu ordinaire! Elle n’était pas très grande, et il mesurait la même taille qu’elle. Il était mince sous son pull gris, ses cheveux mi-longs étaient d’un noir d’encre et lui cachaient le visage jusqu’aux joues. Il n’était pas très viril en apparence, mais sa voix qui avait déjà muée était chaude, profonde et agréable. Kaylin en avait aimé la sonorité lorsqu’il l’avait remerciée. Pourquoi gardait-il le visage baissé? Elle ne pouvait imaginer qu’il fut laid. Au fond d’elle, elle était persuadée qu’il ne l’était pas. Elle ne savait pas pourquoi mais elle était sûre qu’il avait un visage aussi beau que sa voix. « T’es complètement barjo Kay! » pensa-t-elle en secouant la tête. Elle vit qu’il ne savait pas trop quoi faire, il lui tournait le dos prêt à partir, mais ne s’y résolvait pas. En effet, Christian ne savait pas comment réagir, il se disait qu’il valait mieux qu’il s’en aille, mais son corps refusait de se mettre en marche. Ce fut elle qui fit le premier pas.

- Au fait, je m’appelle Kaylin!

          Kaylin. Il aimait ce prénom, et se dit qu'il lui allait bien. Il était heureux de pouvoir mettre un nom sur ce beau visage... Il se présenta d'une voix neutre sans même se retourner vers elle.

- Moi, c’est Christian.

          Et sans plus de cérémonie il partit en direction du lycée, les mains dans les poches, la laissant perplexe et curieuse. Ce garçon mystérieux l’intriguait un peu. Elle reste là quelques instants puis elle reprit elle aussi le chemin du lycée. Elle espérait très fort ne pas se perdre, étant donné qu'elle ne l'avait jamais visité. Malheureusement, elle ne pouvait pas se vanter d’avoir un sens de l’orientation très développé et malgré les indications elle se perdit dans les couloirs. Par chance elle croisa une fille qu’elle interpella avec soulagement.

- Excuse-moi, tu ne saurais pas où se trouve cette salle? questionna-t-elle en montrant le numéro qui figurait sur son emploi du temps.

La fille la regarda comme si elle venait d’une autre planète et fronça les sourcils en lui demandant:

- Tu es nouvelle, c’est ça? Parce que là, tu as cours de français avec madame Fremont, comme moi, et je ne t’ai jamais vue dans la classe.

- Oui je viens d’arriver, alors je suis un peu perdue!

- C’est normal, fit la fille en souriant à demi.

          Elle observa son interlocutrice, qui avait un look très surprenant. Ses cheveux teints en noir corbeau lui arrivaient au milieu du dos, avec seulement une mèche de devant teinte en bleu, et elle avait une petite frange coupée juste au dessus des sourcils. Ses yeux étaient cernés au crayon noir, et ses vêtements étaient assortis à la couleur de ses cheveux. Le look de cette fille lui faisait penser à celui d’Avril Lavigne pour son dernier album. Elle n’avait pas l’air mal à l’aise pour deux sous d’être habillée comme ça!

- Tu trouves mon look bizarre peut-être?

          Elle avait remarqué que Kaylin l’observait et elle avait posé cette question avec une irritation contenue, un peu sur la défensive. C’est alors que Kaylin lui annonça avec sincérité:

- Pas bizarre, moi je trouve ça joli. Et c’est bien parce que tu as l’air de t’assumer complètement!

- Oui, j’aime mon image, répondit la jeune fille fourrant les mains dans ses poches. Excuse-moi si je t’ai parue agressive mais ça m’a valu pas mal de moqueries par le passé, et encore aujourd’hui d’ailleurs, alors je me méfie.

- Les gens sont stupides! décréta Kaylin. Je ne regrette pas de t’avoir arrêtée pour te demander mon chemin. Tu es naturelle, c’est une qualité que j’apprécie.

          Visiblement, elle s’attendait à tout sauf à un compliment et Kaylin la vit se détendre enfin avant de lui annoncer:

- Allez la nouvelle, on ferait mieux d’y aller si on ne veut pas être en retard! fit-elle en indiquant de la tête un couloir.

- Hé, ne m’appelle pas comme ça!

- Si tu as un prénom ce serait gentil de me le dire dans ce cas, se moqua la brune.

- Kaylin, mais mes amis m’appellent Kay.

Pour le peu qu’elle en avait, du moins... Cette fois, elle vit la jeune fille sourire carrément:

- Je ne peux pas me vanter d’avoir des amis, mais je serais ravie de le devenir avec toi, Kay. J’ai l’impression que tu es différente et ça me plait! Mon prénom n’est pas aussi joli que le tien, je m’appelle Lydia.

 Elle hésita avant d'ajouter, un peu embêtée:

- Ca ne laisse pas énormément de possibilités de surnoms!

          Lorsqu’elles arrivèrent devant la salle de cours, les autres élèves de leur classe attendaient encore la prof, et lorsqu’ils virent Kaylin en compagnie de Lydia, certaines filles se mirent à glousser, l’une d’elles, une fausse blonde, mince et un peu trop maquillée au goût de Kaylin, quitta son groupe et s’avança vers elles. Elle apostropha Lydia en pouffant.

- Tiens, Satan, tu t’es fait une amie?

          Elle regardait avec méchanceté la cible de sa moquerie qui se rembrunit et baissa les yeux. Puis elle se tourna vers Kaylin et lui sourit avec un air contrit.

- Tu dois être nouvelle... Tu sais, tu ferais mieux de ne pas traîner avec cette... Elle marqua une pause et fit une moue dédaigneuse en regardant Lydia, cette fille, reprit-elle. Viens plutôt avec nous!

Kaylin regarda le groupe de filles qu’elle désignait, elles lui adressaient toutes des sourires chaleureux, et sans aucun doute hypocrites. La réponse ne se fit pas attendre, ferme et cinglante.

- Non merci.

          De toute évidence, la blonde ne s’attendait pas à une réponse négative, devant sa stupeur Kaylin ne put résister à l’envie d’ajouter avec véhémence:

- Lydia est très sympathique et je l’apprécie. Et si tu continues à l’appeler Satan, ce que je trouve déplacé et franchement minable, je me ferais une joie de te nommer Barbie, bien que le blond ne soit pas ta couleur de cheveux naturelle. Et au passage, ça ne te va pas, tu es vulgaire.

          Elle reporta ensuite son attention sur Lydia, qui était bouche bée. Le silence s’était fait autour d’elles brusquement... La prof choisit ce moment pour arriver et les fit entrer en cours. Kaylin s’assit juste à côté de celle dont elle avait pris la défense, qui semblait atrocement gênée par la scène qui venait de se produire:

- Tu n'aurais pas dû...

- Quoi donc?

- Rejeter Mary! C'est une des filles les plus populaires ici! Comparé à moi...

- Écoute, je n'aime pas le comportement de cette fille, elle et ses amies m'ont fait une mauvaise impression. Elle est peut-être populaire, mais je ne vois pas en quoi ça lui donne le droit de te traiter comme elle le fait. Je préfère rester avec toi, si tu veux bien. Ma proposition d'amitié était sincère...

L'adolescente aux cheveux noirs hocha la tête.

- J'en serai ravie. Merci, Kay.

- De rien, Lyly!

          Elle sourit en entendant ce surnom. C'était la première fois qu'on lui en donnait un. Décidément, Kay n'était pas banale. Elle l’avait jugée différente dès le premier regard, et constatait avec joie qu’elle ne s’était pas trompée.

 

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Chapitre 4  posté le mardi 25 mars 2008 23:09

          A midi, Christian déjeunait seul à une table au fond de la cafétéria comme à son habitude. Tout en mastiquant ce qui ressemblait vaguement à du poulet, il pensait au prochain texte qu'il allait écrire lorsque ses pensées furent interrompues par les rires stupides des garçons de sa classe quelques tables plus loin:

- Je te jure, elle a envoyé promener Mary! Elle a préféré rester avec l'autre sorcière!

- Pff, pour qui elle se prend cette nouvelle?

          Il n'était pas dans les principes de Christian d'écouter les conversations des autres, mais là bizarrement, le sujet l'intéressait énormément...

- Je sais pas! Mais en tout cas elle est bonne! Et elle a ce qu'il faut là où il faut si tu vois ce que je veux dire! fit un des garçons en joignant un geste vulgaire à ses paroles.

          Christian cessa subitement de mâcher, et plissa les yeux de mépris. C'était un des gars qui l'avait tabassé qui venait de parler. Lors de l'appel ce matin, pour la première fois depuis le début de l'année, Christian avait écouté très attentivement les noms des personnes de sa classe, et avait repéré ceux des types qui l'avaient pris pour tête de turc. Il ne s’était jamais donné la peine de le faire avant, mais là une petite voix dans sa tête lui avait murmuré de faire un peu plus attention. Il connaissait désormais les noms de ses bourreaux et n'était pas prêt de les oublier...

          Le premier, qui venait de parler de Kaylin, Christian l‘avait tout de suite deviné, s'appelait Austin Camden. Frimeur, immature et pervers, il possédait des défauts qu’il exécrait particulièrement. Le second qui avait un rire de débile mental, c’était Connor Hawthorne. Plus lâche et hypocrite que ce type, c’était impossible de l’être! Sa seule passion dans la vie semblait être la torture de gens plus faibles que lui. Pas étonnant que deux types aussi immondes soient meilleurs amis, pensa Christian avec dégoût. Et le pire dans tout ça, c’était que ces crétins étaient adulés dans l’enceinte du lycée. Évidement, leur physique jouait en leur faveur... mais bon sang, une moule avait un Q.I plus élevé que ces deux macaques réunis! Qui ne s’en apercevait pas devait vraiment être aveugle et sourd ou bien souhaiter entrer dans le cercle privé des personnalités du bahut au point de s’abaisser à jouer l’hypocrite en les supportant à longueur de temps. Il était tellement absorbé par la discussion que tenaient Connor et Austin qu’il n’avait pas entendu que quelqu’un s’était installé à la même table que lui. Il ne le réalisa que lorsqu’il entendit un grommellement:

- Affligeant...

          Il tourna alors la tête et s’aperçut qu’il s’agissait d’un autre garçon de sa classe. Lui aussi était la cible des moqueries du duo infernal, cependant Christian ne comprenait pas vraiment pourquoi. Son apparence n’avait rien de risible selon lui. Il était blond comme les blés, et ses cheveux courts étaient enduits de gel pour former des pics sur son crâne. Peut-être son look de « skateur », qui commençait à passer de mode lui valait-il les humiliations verbales qu‘il subissait? Christian ne parvenait pas à mettre un nom sur son visage et il le scrutait pour tenter de se rappeler lorsque le blondinet releva la tête et le regarda avec un sourire engageant.

- Pardon, je parlais tout seul ça a dû te paraître étrange!

Christian se renfrogna avant de protester.

- Non.

Le blond ne releva pas immédiatement et se contenta de le regarder d’un air dubitatif, puis il rit.

- Tu es toujours comme ça?

De surprise, Christian leva les sourcils:

- Qu’est-ce que tu entends par « comme ça »?

- Aussi peu loquace! Je ne vais pas t’agresser tu sais, je ne suis pas comme mon cousin! affirma-t-il en désignant Connor du menton.

- Connor est ton cousin?

          Le blond, apparemment détendu en toute situation se contenta de hocher la tête avec un air désespéré, pour plaisanter. Christian se prit au jeu et lui déclara d’un ton solennel mais rempli d’humour:

- Toutes mes condoléances.

Son camarade avait encore sa cuillère dans la bouche et faillit s’étrangler de rire.

- Tu es plus marrant que je ne le pensais, Christian.

- Tiens, tu connais mon prénom? s‘étonna le jeune homme.

- Bah, on est dans la même classe je te signale! Et puis t’es un sacré numéro! C’est difficile de passer à côté de quelqu’un comme toi.

- Euh... Si tu le dis.

- Je ne dis pas ça méchamment, rassure-toi. En fait, je te trouve intéressant par rapport à la bande de débiles qui font la loi dans notre classe.

- Si tu veux mon avis, il n’y a rien de plus facile que d’être plus intéressants qu’eux. Tu le devines rien qu’en regardant ton cousin et son copain.

- Je ne te le fais pas dire! confirma-t-il en levant les yeux au ciel. Oh oh! Ils nous regardent. Préparons-nous à prendre une remarque en pleine poire!

          Le blond n’eut pas aussitôt finit sa phrase que la voix narquoise de son cousin porta jusqu’à eux:

- Ben alors Gaël! T’as tellement peu d’amis que tu te rabats sur les déchets? Ca ne m’étonne pas de toi remarque, tu as toujours fait pitié!

- Mais oui cousin, tu as raison! Hé! En parlant de déchets, j’ai croisé tata hier, et elle m’a dit que tu avais enfin arrêté de faire pipi au lit! Félicitations Connie! fanfaronna le dénommé Gaël en tapant dans ses mains avec ironie.

          Christian se retint de rire, ce type avait assurément un humour spécial mais au moins il avait le mérite de ne pas s’écraser face à sa brute de cousin. Les rires fusèrent tout autour d’eux, et Christian vit les mâchoires de Connor se contracter sous l’effet de la colère. Tant mieux s’il était humilié, il expérimentait ce qu’il faisait ressentir à ses victimes à longueur de temps. Il voulût se lever mais Austin le retint par le bras en lui montrant un surveillant qui venait d’entrer dans la salle et scrutait tout autour de lui pour vérifier que tout se passait bien. Connor jura entre ses dents, et pointant son index droit vers Gaël il le menaça:

- Je te jure que tu me paieras ça, MacNicol.

- Oh, tes menaces ne m’impressionnent pas. Allez, couché Brutus! A la niche! reprit Gaël en découvrant toutes ses dents dans un sourire diabolique.

          Nouvelle série de rires. Connor et Austin reprirent leurs plateaux déjeuners et sortirent précipitamment de la cantine. Christian regardait Gaël, réellement amusé par de ce qui venait de se produire. Il comprenait maintenant pourquoi il était lui aussi la victime de son cousin. Il était insolent et devait passer son temps à provoquer Austin et Connor, tout simplement. Gaël haussa les épaules avec désinvolture et lui demanda:

- Crois-tu que je devrais me sentir coupable d’avoir blessé son ego surdimensionné?

- Crois-tu qu’il se pose la question quand il s’en prend aux autres?

- Absolument pas.

Christian sourit à son tour.

- Alors, Gaël, tu as la réponse à ta question!



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